Reply To: Lecture

#78
Eric
Invité

Bonsoir Sonia,

merci pour le compliment quant au fait qu’on a dû regretter mon départ de l’enseignement mais je pense honnêtement que je n’aurais pas pu devenir un bon enseignant. Avec des idées comme les miennes, il faut des moyens et pour avoir des moyens dans une institution (quelle qu’elle soit, je ne parle pas que de l’EN), il faut aller dans le sens de l’institution en question.

Vous me demandez si nous apprenons des langues étrangères aux enfants, je vous répondrai par l’affirmative mais c’est pour moi un faux débat.

On entend beaucoup parler d’enseignements fondamentaux. Alors je pose la question qui dérange : mis à part lire, écrire et compter, qu’est-ce qui est fondamental ?
Car enfin, tout part de ces trois compétences. Et ensuite ?
Les historiens vous diront que la connaissance de l’histoire permet aux futurs citoyens de ne pas répéter les erreurs du passé.
Les artistes vous diront que la connaissance des arts élève l’ouverture d’esprit et la tolérance.
Les sportifs vous diront que l’entretien du corps permet de vivre plus longtemps et mieux dans sa tête.
etc, etc…
Du coup, tout devient fondamental. Et l’école fait donc des choix car elle ne peut pas tout enseigner à tous les enfants.

Quand on a fait un choix comme le nôtre, on peut dire que ce qui est fondamental, c’est ce que l’enfant cherche à connaître.
On lui fait découvrir beaucoup de choses car il y a un minimum à savoir et on l’aide à approfondir les domaines qui le touchent plus que d’autres.

Cosme et Aliénor font donc des langues étrangères (anglais essentiellement, ils ont deux petites copines anglaises qui apprennent en retour le français), de la musique (la passion de papa se transmet), de l’histoire, du jardinage, des travaux manuels, de la géographie, de la danse, du sport, ils découvrent la nature en se promenant et maman leur apprend un tas de choses (vous seriez étonnée de voir toutes les plantes et tous les insectes que reconnaît Cosme), etc.

Ils découvrent donc plein de choses mais ils ne se dispersent pas car ils savent nous dire vers quoi ils veulent aller.

Et pour tout ceci, le socle est qu’ils savent lire et compter très correctement.

Je ne le dirai jamais assez, mais je suis convaincu que le secret réside simplement dans l’écoute de nos enfants, et de façon générale dans l’écoute de l’autre dans toutes nos relations humaines.
C’est évident, selon moi, et l’effort n’est pas si important que cela à fournir. Il faudrait simplement que les enseignants aient le droit, le temps et les moyens de rester à l’écoute des enfants qu’on leur confie. Et pour cela, il faudrait que ne leur soient pas confiés plus de 7 ou 8 enfants.

Et en qualité d’ancien prof, je peux témoigner que c’est ce qui manque le plus : si vous essayez d’écouter et de prendre du temps pour les enfants, vous prenez le risque d’être incompris par le corps administratif (les inspecteurs en premier lieu) et même certains parents vous regardent de travers car ils n’ont pas l’habitude et pensent que vous êtes trop en-dehors des clous. Ils craignent que vous fassiez prendre une mauvaise direction à leurs enfants et quand on voit la compétition acharnée ensuite, je peux les comprendre.

Nous avons fait un choix inverse mais, pour terminer, nous n’avons pas peur qu’ils disent plus tard “je me suis tapé mes parents comme enseignant quand j’étais gosse”. Nous ne sommes pas à l’abri. Mais nous entendrons peut-être un jour, au contraire, “j’ai eu de la chance car mes parents m’ont instruit eux-même.”

Comme tout parent, nous faisons ce que nous pensons le meilleur pour eux. C’est cela qui est important.