Reply To: comparaisons entre enfants.

#166
Pauline
Invité

Merci pour la blague, qui illustre avec humour les dangers des grilles d’évaluation dont les critères ne correspondent pas à nos valeurs et qui nient le potentiel individuel.

Nous sommes bien d’accord!

Notre première impression dissonante relève, je crois, d’une différence de références culturelles. Les parents éduquant à la maison et les sympathisants de ce mouvement sont en général en réaction à un ou plusieurs aspects du système, ou en recherche de solutions à un problème vécu par leurs enfants (voire par eux-mêmes dans leur enfance, car je crois que le parent a tendance à beaucoup se projeter dans son enfant lorsqu’il fait des choix pour lui, quoiqu’il essaie de limiter ce phénomène).

Elevée dans d’assez bonnes écoles privées en France dans les années 80 et un peu plus, j’ai cependant vécu à l’étranger depuis mon mariage et j’ai fréquenté en tant que mère le milieu des écoles internationales. J’ai souhaiter scolariser mes enfants dans ces écoles ouvertes, merveilleusement adaptables, qui savent intégrer en cours d’année des enfants nouveaux issus des quatre coins du monde et ayant reçu ailleurs un enseignement différent…dans une langue différente! J’ai donc eu droit pour mes enfants à des méthodes séduisantes, respectueuses de leur rythme et de leur personnalité. Leur école était une école d’enfants heureux et ils s’y sentaient bien. L’idée de l’école à la maison a surgi pour d’autres raisons (nous donner du temps pour le français, passer plus de temps ensemble pour transmettre nos valeurs et nos principes et assurer leur enracinement, permettre l’ouverture à d’autres matières – en général plus classiques – que celles enseignées dans ces parcours, assurer un rythme d’apprentissage rapide à notre fils…). En résumé, nous avons fait un chemin en certains points inverse à celui que beaucoup d’entre vous ont parcouru.

Nous avons beaucoup lu (notamment sur internet) avant de prendre la décision de l’école à la maison. Et nous avons hésité entre le modèle que je nommerais Français (suivre un cours qui reproduit les étapes et les contenus des écoles avec plus ou moins de liberté dans les rythmes et les méthodes) et le modèle que j’appellerais Américain (plus proche de ce que nos enfants ont connu dans leur école : on travaille par projets, tous âges confondus, et à l’occasion de l’étude ou de la réalisation du dit projet qui touche à des sujets choisis suivant les hasards de la vie et les goûts de la famille, on acquiert des connaissances et des compétences utiles. Toute situation de la vie courante est l’occasion d’un apprentissage que l’on va formaliser plus ou moins selon le jugement du parent. On calcule au supermarché, on fait des sciences naturelles au musée ou en faisant du jardinage et…).

Nous avons fini par opter pour une solution mixte, et enseignons à nos enfants autant dans les cahiers qu’au hasard des circonstances. Puis nous essayons de créer du sens autour de ces hasards et de les rattacher à l’enseignement formel qu’ils reçoivent, lorsque le sujet ou la technique s’y prête. Par exemple, si les enfants viennent de commencer le latin nous projetons de les emmener voir une exposition sur Pompéi, la préparons par des lectures, essaierons de leur parler de l’art romain, d’orienter leurs créations artistiques autour de ce sujet etc. Il y a donc souvent un “sujet à la mode” à la maison, qui va aussi influencer leurs rédactions par exemple. Et pourquoi pas les mathématiques, enrichis par un peu d’histoire de la matière? Et hop, on en profite pour revoir les chiffres romains et les pratiquer. Les américains appellent ces sujets “units of enquiry” ou unités de recherche. Les enfants retiennent très bien tout ce qu’ils ont appris à l’occasion d’un “unit” car cela a du sens pour eux.

Pourquoi parler de cela dans ce fil du forum? Parce que je crois que ces méthodes, non-contradictoires avec le suivi d’un cours par correspondance, peuvent permettre de passionner les enfants et laissent à chacun la possibilité d’un apport différent. L’artiste, le scientifique, le littéraire, le touche-à-tout, le rêveur pourront y apporter leur touche et la partager avec les autres. On pourra prendre plaisir à aborder des contenus de savoir ensemble à table et la culture ne sera plus consignée uniquement dans les cahiers. Je crois que c’est une bonne méthode pour que chacun puisse s’épanouir, apprendre, développer ses talents et recevoir des autres.

Effectivement, dans les (rares) écoles qui pratiquent ces principes, la comparaison entre enfants n’existe pas. Attention, je ne relève ici que les points positifs de ce système d’enseignement, qui a des aspects négatifs non négligeables à mon sens s’il est exclusif.

Mais je crois qu’il faut reconnaître que nos cerveaux hexagonaux sont souvent trop cartésiens et que nous pouvons, avec jugement,  y prendre de la graine! D’ailleurs notre tendance naturelle à rechercher et reproduire un enseignement très structuré peut être un grand atout pour savoir bien organiser et planifier ce type d’apprentissage afin d’en récolter tous les fruits.

Qu’en pensez-vous? Est-ce une philosophie très éloignée de celle des intervenants de ce forum?