Reply To: comparaisons entre enfants.

#163
Rémy
Invité

Eh bien merci, Pauline, pour ce beau message si bien écrit (que de belles plumes honorent ce forum !). Je crois que ces avis convergent en fait. Certes, il y a dès le départ des prédispositions, vous avez raison de le souligner. Nous aimons à penser que chaque enfant a des prédispositions, qui toutefois ne se manifestent pas toutes dès le plus jeune âge.

L’école fait du tort en classant les enfants, voilà ce que nous voulons dire, car la précocité scolaire n’est qu’une précocité… partielle. On n’est pas doué en tout. En outre, les dons évoluent. Robert Schumann ou Einstein étaient plutôt passables à l’école et se sont révélés fort tard.

En réalité, l’école a ses propres critères d’évaluation, et ces critères ne sont le fait que d’un système qui n’est pas lui-même capable d’évaluer… ce qu’il évalue. Elle ne parvient pas à recevoir chaque enfant avec un regard particulier (c’est l’école de la République entend-on, on eut aimé que ce soit l’école des enfants), même si certains enseignants le font, l’institution ne le reconnaît pas du seul fait de programmes qui correspondent à un besoin de masse. C’est une manière de faire qui ne correspond plus à ce qu’on sait du cerveau.

Mais il y a plus important encore: si chaque enfant reçoit ce dont il a besoin, et davantage au fur et à mesure de sa croissance intérieure, alors les prédispositions des uns s’épanouissent et les “carences” – relatives – des autres s’effacent. L’apprentissage en fait peut être si important que les prédispositions ne représentent qu’une toute petite partie du patrimoine de chacun. Au contraire, si l’apprentissage n’est ni bon ni mauvais, les prédispositions vont dominer, et créer des différences qui vont attirer sur les “plus doués’ les foudres des autres ou au moins un certain rejet. Dès lors, ceux-là vont devoir se lisser pour être plus proches de ceux-ci. C’est le nivellement. Et c’est triste.

Eric a tout à fait raison d’éviter la comparaison, de même que la course aux médailles ne fait que concourir des êtres sur une même spécialité alors que chacun a la sienne propre qu’une vie entière ne suffit pas toujours à révéler. C’est donc aux parents d’essayer de le faire, n’est-ce pas ? Un enfant qui réussit à un moment donné saura qu’il a une capacité et la développera. D’où l’extrême importance de la réussite de l’enfant et de la “célébration” de cette réussite par les parents (nous en parlerons bientôt).

En fait, une absence complète de prédisposition dans un domaine quelconque peut  être entièrement compensée par un apprentissage approprié. Voilà le merveilleux message des neuroscientifiques contemporains. Ainsi, on voit des gens inaptes dans un domaine devenir des experts, telle cette jeune fille dont j’ai parlé qui ne savait pas lire l’heure sur un cadran de montre et qui est devenue elle-même une neuroscientifique, encouragée à raconter sa propre histoire. On a aussi le cas de Josep, autiste, qui réussit de très brillantes études, dont nous parlons dans un article.

Un livre  parle très bien de ce sujet : il est sur cette page, c’est le livre de Norman Doidge.  Tous les parents devraient au moins le parcourir pour entrer dans cette nouvelle ère du développement (on le trouve d’occasion sur le net, il serait dommage de s’en priver).

Est-ce que ceci rejoint les avis exprimés ici ?